340km de vélo en 4 jours
Quitter Montréal pour prendre un bain de nature avec mon simple vélo de ville, ma tente et mes deux ami.es
Pourquoi parcourir des centaines de kilomètres à l’aide de nos jambes en quelques jours plutôt qu’en quelques heures avec un moteur?
À quelques reprises durant ce voyage, je me suis posé cette question.
Pourquoi choisir l’option la plus difficile? Pourquoi rouler pendant des heures, monter des côtes, dormir sous une tente, transporter toute sa maison sur un vélo alors qu’on pourrait être rendus en quelques heures?
La semaine dernière, je partais pour mon premier voyage de vélo accompagnée de deux ami.es. Parmi eux, nous avions un adepte. P est quasiment expert de ce type de voyage, le cyclotourisme. Avec ses milliers de kilomètres derrière la cravate, nous avons eu l’idée de ce projet au printemps, lors de notre café hebdomadaire. Pour D et moi, ça allait être notre baptême de cyclotourisme.
Toutes les saisons, sauf l’hiver, je roule avec mon beau Raleigh en ville. Mais c’était une première de lui ajouter des sacoches, une tente, un matelas, un sac de couchage, toute ma nourriture. Mine de rien, ça ajoute facilement un bon 40 ou 50 livres.
Avant de partir, certains doutaient que j’allais aimer ça. Que j’allais être capable.
Puis je me suis demandé si je devais, moi aussi, douter de moi.
Le plus de kilomètres que j’avais parcourus dans une journée, c’était un 40 km l’été dernier. Sans bagages. Juste moi qui longeais le canal pour essayer d’apaiser une anxiété qui avait fait son apparition.
Cette fois, c’était autre chose.
103 kilomètres dès la première journée.
Les chiffres paraissent gros quand on les écrit. Étrangement, une fois sur le vélo, ils disparaissent presque. On avance simplement d’un coup de pédale à l’autre.
Les journées ont été ponctuées de quelques péripéties, de repas de camping qui goûtaient le ciel après plusieurs heures à pédaler, de cafés préparés par P le matin, de baignades dans le lac, de pluie qui nous trempe jusqu’aux os, de soleil qui finit toujours par revenir, de hot-dogs végé mangés avec une faim pas possible.
Mais ce n’est pas seulement ça que je retiens.
Je retiens les gens. Les travailleurs sur les chantiers qui nous demandaient où on allait, chargés comme on l’était. Les sourires des inconnus. Les regards lancés à notre trio de cyclistes.
Et surtout cet enivrant de sentiment de liberté.
Tout ce dont j’avais besoin tenait sur mon vélo. Ça te fait réaliser du peu dont tu as réellement besoin. Et à quel point tu peux compter sur toi-même. Je retiens aussi les montées. Les jambes qui brûlent. Les mains endolories. Le bas du dos qui commence à parler. La sueur qui coule comme pendant un cours de yoga chaud.
À plusieurs reprises, je me suis demandé pourquoi on faisait ça.
Et à plusieurs reprises, la réponse est arrivée quelques secondes plus tard.
Dans la descente. Mon vélo qui prend de la vitesse. Mes cheveux dans le vent. La sensation de voler.
Être constamment entourée de nature, aller assez vite pour avaler les kilomètres tout en étant suffisamment lente pour voir les champs, sentir les arbres, entendre les oiseaux, regarder les montagnes apparaître au loin.
J’avais l’impression que mon corps avançait au même rythme que tout le reste.
Une phrase m’est revenue plusieurs fois pendant le voyage. J’arrive à trouver un confort dans l’inconfort. Je ne parle pas seulement du vélo. Je parle aussi des côtes. Certaines, P les montaient comme si de rien n’était. D et moi en avons monté quelques-unes à pied. Et c’était parfait comme ça.
On connaît tellement la culture du dépassement de soi. Mais il y avait quelque chose de profondément apaisant à accepter nos limites plutôt qu’à vouloir les combattre. Puis il y a eu ces moments où j’avais les yeux pleins d’eau. Pas parce que c’était difficile. Parce que je réalisais la chance immense d’avoir un corps capable de vivre quelque chose comme ça.
Sentir mon cœur gonflé de reconnaissance pour notre belle terre. Pour mes amis. Pour ce corps qui pédale. Pour cette liberté qui m’est si précieuse et j’avais l’impression de la célébrer à la hauteur de ce qu’elle représente pour moi.
Ce sentiment est monté en moi à trois reprises durant le voyage. Je ne saurais toujours pas l’expliquer. Je sais seulement qu’il est addictif.
Je suis revenue avec quelques douleurs, une fatigue bien méritée, un amour encore plus grand pour mon vélo après ces 340km en 4 jours.
Mais surtout, je suis revenue avec une confiance nouvelle envers mon corps. Je crois qu’il était beaucoup plus capable que ce que je lui laissais croire.
Et j’ai déjà hâte au prochain voyage!
À bientôt,
Caroline xx




